lundi 18 décembre 2017

Chapitre 1 : Le Pacte 

              « Tue-le ! » Mon Maître lâcha la chaîne. Je bondis sur l’homme tremblant et le lacérai de coups avec les griffes d'acier que je tenais dans mes poings serrés. C'était ainsi que le gouverneur, mon Maître, rendait la justice, de manière expéditive. Les autres prisonniers présents tremblaient, terrorisés, attendant le jugement du gouverneur, mais il avait d'autres envies à cet instant même et il congédia tout le monde. 

            « Viens Louve, approche-toi, » me dit-il tout bas lorsqu'il n'y eut plus personne dans l'immense salle où se trouvait son trône ainsi qu'un immense âtre central. Le feu y crépitait doucement, rendant la température acceptable dans la salle ; il avait neigé cette nuit et le froid était mordant à l'extérieur. « Tu m’as excité, » ajouta-t-il. Je fis quelques pas vers lui. Il montra son entrejambe couvert d’une lourde fourrure que je soulevai pour découvrir sa verge raide et dure. Il me fit un petit signe et je l'enjambai pour la faire glisser dans mon vagin. Il plaça ses mains autour de ma taille et m’imposa son rythme. Le Maître me baisait ainsi souvent, j’en avais l’habitude. Je fis de mon mieux pour le faire jouir, ondulant mon bassin pour offrir à sa verge une stimulation douce et régulière. Malgré mes efforts, il eut bien du mal à atteindre son plaisir. Quand cela fut enfin fait, il me laissa reprendre ma place par terre, à côté du trône, la chaîne reliée à un collier d'acier qui enserrait mon cou. Il me caressa les cheveux comme on flatte un animal de compagnie : « C’est bien, Louve, c’est bien. »  Je restai ainsi assise par terre, la plupart du temps, à ne rien faire : je n’écoutais pas ce qu’il se disait, je ne pensais pas, je ne faisais rien, mon cerveau tournait au ralenti. Je devais juste être là quand mon maître avait besoin de moi.

*** 

 

            Alcools rares, nourriture raffinée, musiques et parfums enivrants, danses lascives, filles et garçons à disposition, combats à mains nues, aux glaives, masses ou bâtons… La soirée organisée par mon Maître, le gouverneur, tenait toutes ses promesses. Je laissai mon regard errer sur ce qui m’entourait, m’arrêtant sur une fille dansant merveilleusement, un couple forniquant sous les yeux de quelques amateurs, un homme s’empiffrant de nourriture ou deux guerriers combattant pour le plaisir de quelques nobles dames faussement effarouchées… Je penchai un peu la tête pour mieux voir, mais le maître tira violemment sur la laisse, m’étranglant, le lourd anneau de métal autour de mon cou mordant méchamment la chair à vif. Je repris difficilement mon souffle.  

            Une dizaine de combattants d’arène étaient aussi alignés, debout, tenant leur position stoïquement depuis plusieurs heures. Ils faisaient partie du divertissement ; les invités aimaient à passer près d’eux, laissant courir leur main sur leurs corps nus et musclés, tâtant parfois la marchandise selon leurs préférences : qui la caresse d’un sexe dur, qui la légère pénétration d’un sexe doux… Parfois la marchandise était même goûtée : un baiser à pleine bouche ou un téton sucé avidement. Ils étaient, tout comme moi, des esclaves, mais ils n’étaient pas enchaînés à leur maître.     Le mien m'avait amenée ici à l’âge de six ans. Il m'avait mise en laisse et attachée à son trône, il m’avait interdit de prononcer un seul mot, traitée comme un petit animal féroce, et n’avait cessé depuis. Il aurait dû m'appeler Chienne, mais il avait choisi Louve. 

            « Alors, Gouverneur Solko, qu’est devenu votre petit animal... » Un groupe d’hommes vêtus de fourrures, comme mon Maître, s’était approché de l’estrade où il était assis et ils me regardaient. L’un d’eux avança la main et me caressa la tête. Je grognai et le maître tira brutalement sur ma laisse pour me rappeler à l’ordre. 

« Gentille, Louve ! » Je laissai donc la main me caresser même si je n’avais qu’une envie : la mordre. 

« La fille du Sénateur Graxo est devenue très belle, » dit un homme de grande taille. Sa main glissa sur mes seins. « Bien faite, bien proportionnée... Les tatouages lui vont bien. 

¾  Un rien l’habille, » renchérit un autre homme. Sans doute disait-il cela parce que j’étais totalement nue, comme mon Maître le souhaitait. J’avais l’habitude, même si le froid était souvent difficile à supporter... 

« Choisissez un de vos guerriers, on va la faire combattre. » 

J’avais entendu le mot « combattre » : enfin ! Ce serait peut-être la seule occasion et j’aimais ça. 

« Une femme, alors ? s’enquit le propriétaire des combattants. 

¾  Non ! Un homme, ce sera plus intéressant. » 

Le Maître détacha ma laisse, m’attrapa rudement par les cheveux et me gronda à l’oreille. « Tu ne tues pas Louve ! » C’était moins drôle, mais je devais respecter ses souhaits. Nous nous plaçâmes devant le trône, et le combat commença. L’homme était grand et puissant mais aussi lent ! Il combattait avec une hache, j’avais mes griffes. 

            Il attaqua immédiatement, sans temps d'observation, à grands coups de hache qui fendaient l'air. J'esquivai, reculai. Je me baissai pour éviter un autre coup et plongeai pour lacérer les mollets du combattants, lui arrachant des lambeaux de chair ainsi que des hurlements. Il voulut me donner un coup de pied pour me repousser, mais je m'agrippai à sa jambe et tentai de la mutiler encore. Il hurla et m'attrapa enfin pour m'envoyer valdinguer contre la porte principale que je heurtai violemment. Je me relevai un peu sonnée, secouant la tête pour reprendre mes esprits et me mis en position pour attaquer à nouveau. Je lançai mon poing équipé des griffes d'acier qu'il bloqua ; je pris appui sur son bras pour sauter par dessus sa tête, retomber derrière lui et, posant un genou à terre, je lacérai son dos avec mes griffes. Il hurla à nouveau et tomba au sol. Je sautai sur lui et continuai à le frapper méchamment à terre. Soudain mon bras fut arrêté : furieuse, j'allai frapper celui qui avait osé quand je reconnus mon maître, le regard dur. Ne le tue pas ! J'avais oublié et vérifiai rapidement si l'homme était encore vivant : à peine. Deux autres combattants vinrent emporter leur compagnon qui ne put marcher pour les suivre. 

            Le regard dur, mon Maître me montra la barre située au fond de la salle. « Va ! » Je savais ce que je devais faire. La tête basse, couverte du sang du combattant, je me mis sous la poutre et m'y accrochai avec les mains. Le Maître empoigna le fouet et fit pleuvoir les coups qui lacérèrent mon dos un à un. Je fis de mon mieux pour ne pas crier comme il l’exigeait. Les invités suivaient ma punition, amusés. Au quatorzième coup, je m'effondrai sur le sol et il m'y laissa, incapable de me relever. « Ça t'apprendra à ne pas m'obéir ! » Puis il retourna à sa fête, à ses convives. 

            Je restai ainsi, recroquevillée sur moi-même, n’osant pas bouger jusqu’à la fin de la fête. Lorsque celle-ci eut pris fin et que les convives furent partis, les esclaves s'affairèrent à ranger et à nettoyer. Lilas s'approcha de moi, souriante, comme toujours. 

            Je me rappelai la première fois où elle était venue ainsi, il y avait déjà longtemps de cela. J’avais été châtiée une fois de plus par le Maître et elle avait probablement reçu l’ordre de venir me soigner et me laver. Elle s’était approchée de moi, tremblante de peur ; tous les esclaves du Maître me craignaient car ils me considéraient comme un animal sauvage, cruel, imprévisible... Je n’avais pas bougé et elle m’avait aidée à m’asseoir sur une chaise. La jeune esclave avait ensuite passé, avec beaucoup de délicatesse, un onguent sur les longues blessures infligées par le fouet. Je lui avais pris la main lorsqu’elle avait eu fini et l’avais pressée doucement sur ma poitrine. Je ne parlais plus, c'était ma façon de la remercier. Cela s’était renouvelé, souvent ; elle tremblait de peur, toujours, et, à chaque fois, je la remerciais à ma manière. Elle avait fini par comprendre qu’elle n’avait rien à craindre de moi, et m’avait donné son nom :  « Lilas », une jolie fleur... Et bientôt, le Maître lui avait donné la tâche de s’occuper tous les jours de moi. 

            Cette fois encore, Lilas venait pour apaiser mes souffrances. Elle m’entraîna vers les bains pour me soigner, me laver de tout le sang de l'homme avec lequel je m'étais battue et me laisser me soulager, ce que le Maître ne me permettait que trois fois par jour ; c'était parfois difficile de se retenir mais je préférais ne pas connaître le châtiment qu'il me réservait si, un jour, j'urinais à côté de son trône ! L'idée me fit presque sourire. La jeune femme me laissa d’abord vider ma vessie dans les latrines comme elle le faisait habituellement puis elle passa l’onguent apaisant sur mon dos meurtri. Malgré sa douceur, je grimaçai au contact de ses doigts. Elle me lava enfin avec une éponge et de l'eau tiède qui provenait du bassin. Le sang avait eu le temps de sécher, et elle dut frotter un peu pour l’enlever. 

            « Louve, parle-moi ! » me demanda-t-elle, à voix basse, lorsqu’elle eut presque terminé. Elle me prit la tête dans ses mains douces et chercha mon regard, en vain. Je ne dis rien, je ne la voyais pas ; alors elle recommença, encore et encore jusqu'à ce que ses paroles se frayassent enfin un chemin dans mon esprit trop lent et que je lui répondisse, tout bas : 

« Lilas... » Elle me sourit d'un air soulagé. Je ne parlai qu'avec Lilas ; le reste du temps, je suivais scrupuleusement les directives du Maître. 

« Tu es un être humain, Louve ! N'écoute pas ce qu'il te dit ! Oublie ce qu'il t'oblige à faire ! » Elle me disait cela à chaque fois qu'elle était seule avec moi. Ces moments avec Lilas étaient difficiles pour moi... Elle m’obligeait à aller contre la nature bestiale qui était devenue la mienne, à parler, à réfléchir, à faire abstraction des atrocités que j'avais commises pour satisfaire mon Maître... Mais c'étaient aussi les seuls moments durant lesquels je me sentais vivante, presque humaine... 

            Son éponge caressa ma peau, descendant lentement jusqu'à mes cuisses, mes fesses. Mon cœur s'était accéléré. Je repoussai doucement Lilas contre le mur, vérifiai qu'il n'y avait personne d'autres dans les bains et l'embrassai. Malgré notre attirance réciproque, la peur nous avait empêchées de faire plus que ces baisers que nous échangions chaque fois que nous le pouvions. Je laissai mes mains parcourir sa peau, je m'enivrai de son parfum, de sa beauté. Petite et mince, vêtue d'une robe très simple qui couvrait sa poitrine et ses cuisses, elle avait une allure folle. Ses cheveux blonds étaient retenus en une lourde tresse qui descendait jusqu'à sa taille. Son visage ovale avait un air doux et un éternel sourire étirait ses lèvres pleines. J’aimais ces doux moments passés avec elle, nos baisers furtifs. J’avais bien sûr envie de plus ! Je laissai mes mains descendre sur son ventre, soulever sa robe. 

« Non, Louve ! Non ! » dit-elle en me repoussant. Je me reculai, soupirant malgré moi, ramassai ma laisse que je  déposai dans ses mains. Il nous fallait retourner dans la salle, je le savais. Rester trop longtemps ici attirerait les soupçons et Lilas risquait bien plus que moi, je ne pouvais l’oublier. Elle me raccompagna et donna la lourde chaîne au Gouverneur. 

             « J’espère que tu as compris la leçon cette fois, » gronda mon Maître. Il passa la laisse dans l'anneau d'acier fixé à son trône et je m'assis par terre. « Le combattant est mort, Louve ! Tu sais combien ça va me coûter ? » Il sourit en me flattant les cheveux. « Non, bien sûr que non, tu n’es qu’un petit animal féroce. Mais c’est la dernière fois, Louve ! A la prochaine désobéissance, je te vends à une maison de parfums. » Je hochai lentement la tête. Maison de parfums... Je ne savais pas ce que c’était, mais j’imaginais que ce ne devait pas être un endroit agréable. Non pas qu’ici ce le fût, bien sûr... 

*** 

            J'avais somnolé la plus grande partie de la journée, la douleur ne me lâchant pas. Mon maître n'avait pas fait appel à moi, ce qui était plutôt inhabituel. Je me réveillai soudain, tremblante de froid. Quelque chose n'allait pas : je regardai autour de moi pour découvrir la pièce vide et froide. Aucun feu ne brûlait plus dans l'âtre. Puis j’entendis des cris, je sentis le sang... Tous mes sens furent immédiatement aux aguets. Je regardai autour de moi, mais mes griffes n’étaient plus là, la laisse quant à elle était toujours bien passée dans le lourd anneau assujetti au trône : sans la clé, je ne pouvais pas m’enfuir. J’eus un drôle de pressentiment : j’allais mourir bientôt. 

            Des soldats entrèrent dans le bâtiment. 

« Y’a plus personne ici, le Gouverneur s’est enfui, le couard ! dit un des hommes. 

¾ Tu as parlé trop vite, dit un autre en me voyant. 

¾  Merde... Mais c’est une gamine...ajouta un troisième. 

¾  Qu’est-ce qu’il faisait avec ? 

¾  Ça paraît évident, non ? Elle est à poil et plutôt bien foutue. 

¾  On pourrait peut-être, tant qu’on est là... » L’homme ne termina pas sa phrase et s’approcha de moi. Les autres rirent grassement. Je n’avais pas vraiment compris ce qu’ils avaient dit, cela faisait bien trop longtemps que je n’essayai plus de comprendre ce qu’il se disait à côté de moi – seule Lilas tentait de me stimuler intellectuellement -, mais je sus instinctivement qu’ils me voulaient du mal. Je me levai d’un bond, la chaîne raclant bruyamment le sol. Le soldat s’avança encore, tendit la main vers moi pour me toucher : c’était une erreur, je bondis sur lui, plantai mes dents dans sa paume et m’agrippai à lui. Il hurla et les autres vinrent immédiatement l’aider. Ils me frappèrent durement jusqu’à ce que je le lâche, le visage en sang. L’homme se recula, tenant sa main contre sa poitrine. Je crachai le morceau que j’avais arraché. Mon cœur tambourinait à mes oreilles, faisant un vacarme atroce. Je soufflai, et essuyai d’un revers de main le sang qui coulait dans mon œil. Un des hommes leva son glaive et porta une attaque assez molle que j'évitai facilement. Les autres sortirent également leurs armes et tentèrent de me transpercer. J’évitai les attaques de mon mieux, mais la laisse me gênait. Je plaçai deux coups de pied, et parvint à faire tomber l’arme d'un des hommes, arme dont je m’emparai avec avidité. J’allais mourir, mais je ne serais pas la seule ! Je portai alors plusieurs attaques avec toute la vitesse dont j’étais capable avec cette épée, évitant leurs coups, roulant au sol malgré la laisse, sautant, esquivant. 

« Assez ! » Les hommes arrêtèrent immédiatement le combat en voyant celui qui avait parlé et reculèrent rapidement pour éviter ma nouvelle attaque. « Qu’est-ce donc ? » Je regardai à mon tour l'homme qui venait de rugir. Immense et bien bâti, il portait le même habit que ceux qui m’avaient attaquée, avec une fourrure comme celle de mon Maître sur les épaules. A la différence notable des autres soldats, ses cheveux n’étaient pas coupés courts mais retenus par un catogan. Sa peau, mat, était parsemée de cicatrices et ses yeux sombres contrastaient avec ses cheveux clairs. 

« Il n’y a plus personne dans le palais, à part cette fille. Elle a mordu grièvement Solz quand il s’est approché d’elle. 

¾ Et qu’aviez-vous l’intention de lui faire ? demanda le géant en se tournant vers le dénommé Solz. 

¾ Mais... Rien, on voulait juste la détacher. » L’homme sembla seulement remarquer ma laisse. Il me regarda. « C’est Louve, son petit animal féroce... Il l’a abandonnée aussi lâchement que son peuple !  

¾ Animal féroce ? 

¾ Oui, il l’a élevée comme un petit animal : elle ne parle pas, ne rit pas, ne réfléchit sans doute pas beaucoup non plus...» Je fronçai un peu les sourcils, ce que j’avais compris ne me plaisait pas. Je... Je n’étais pas idiote, mon Maître disait que je ne comprenais que quelques mots, c’était faux... Il s’adressa alors à moi, lentement, en détachant les mots comme s'il s'adressait à un attardé mental : 

« On va te détacher Louve. On ne te fera pas de mal. On va te mettre dans un cachot. C’est au Sénateur de décider de ton sort. » 

*** 

            Pas de mal ? Évidemment, ils me firent du mal. Le soldat que j’avais mordu se dépêcha de me punir pour cela. Mais son châtiment ne ressemblait en rien à ceux que m'avait fait subir mon Maître. 

            Plusieurs soldats vinrent dans le cachot où j'avais été enfermée sans nourriture ni eau. Ils m’entraînèrent dans une autre pièce où ils m’enchaînèrent sur une table, face contre celle-ci. Le contact froid de la table sur mon ventre me fit frissonner. Je respirais mal, j’avais mal... 

            « Tu aurais dû être plus gentille avec moi hier, » me dit l’homme que j’avais mordu. Je l’avais reconnu à sa main bandée. « Cela aurait été moins douloureux ! » Il plaqua son bas-ventre contre ma fente et je sentis sa verge se gonfler et durcir. Il me pénétra alors et s’activa en moi pendant un long moment, avant de se retirer et de me laisser aux autres qui prirent l'un après l'autre, cherchant leur plaisir, va-et-vient brutaux et douloureux. Je tentai en vain à plusieurs reprises de me dégager, mais, deux soldats, à tour de rôle, me maintenaient la tête et le ventre collés sur la table, de telle sorte que je ne puisse pas bouger. Chaque homme prit son temps, les autres regardant, se branlant en attendant leur tour ou pour faire durer leur plaisir... Ces assauts durèrent longtemps, trop longtemps et ce traitement finit par me faire convulser et vomir sur la table, le corps secoué de terribles spasmes... Cela sembla les amuser et les pénétrations reprirent, redoublant de violence, me tirant des cris de douleurs, les lèvres de mon sexe déchirées, ensanglantées, mon vagin brûlé, ravagé... Je ne sus pas combien ils étaient vraiment, je ne les voyais pas : dix ou quinze, au moins. Finalement, le dernier homme retira sa verge après un assaut particulièrement brutal au cours duquel il s’était amusé à labourer mon dos meurtri avec ses ongles. J’avais hurlé à plusieurs reprises, ce qui l’avait fait tellement rire. 

« Elle ne parle peut-être pas, mais elle hurle bien ! » ricana-t-il avec les autres. La brûlure dans mon sexe était atroce, elle se ramifiait dans mon ventre. 

            Deux hommes me détachèrent alors et me remirent debout. 

« Alors, ça t'a plu ? » demanda l'homme à la main bandée. Je l'observai attentivement, fixant ses traits dans ma mémoire : il était plutôt grand avec un visage fin, des yeux bruns aux longs cils, une bouche trop large et un nez droit. Ses cheveux châtain foncé étaient coupés courts. Je me jurai que si j'avais l'occasion de le revoir, je le tuerais et lui crachai au visage avec tout le mépris dont j'étais capable. L'homme devint furieux et se mit à me frapper à coups de poings et de pieds, bientôt suivi par les autres. J’essayai d’esquiver, de répliquer aussi, mais j’étais trop faible. Je ne pus que mettre mes bras en protection devant mon visage et encaisser. Je finis par tomber par terre, succombant à la pluie de coups, incapable de me relever et me recroquevillai sur moi-même. Ils continuèrent à me frapper sans relâche, y prenant probablement beaucoup de plaisir. Souffle coupé, arcade sourcilière explosée, nez en bouillie, dents cassées, côtes brisées... Je crachai le sang qui emplissait ma bouche, me demandant s'ils allaient finir par s'arrêter. La douleur s’amplifiait, engourdissait mon corps, m’anesthésiait. Un dernier coup de pied dans la mâchoire, et s’en fut fini. 

*** 

            Je repris connaissance dans la petite cellule sombre, sur la paille moisie qui recouvrait le sol. La douleur avait envahi tout mon corps... Mais où étais-je ? Je dus faire un effort pour réfléchir : mon Maître m'avait abandonnée... Je devais désormais être assez loin de sa demeure car la température était beaucoup plus douce. Et Lilas ? Je ne l’avais pas vue depuis la fuite du Gouverneur. Mon estomac se serra : que lui avaient-ils fait ? Était-elle encore en vie ? Malgré mon angoisse et ma souffrance, je sombrai à nouveau dans un sommeil agité, ne sachant pas de quoi serait fait le lendemain. 

*** 

            Au matin, un esclave me fit sortir de la cellule puis monter dans un chariot. Arrivés devant une immense villa, je le suivis le longs de couloirs sans fin, à travers de grandes salles richement décorées, avant d’être enfin enchaînée dans une salle plus petite et plus sombre. J’y restai quelques temps, seule, puis deux hommes entrèrent. Je reconnus celui qui venait en second, l’homme au catogan. Il fit une grimace en me voyant ainsi défigurée et secoua la tête sans un mot. 

« C’est elle ? demanda l’autre homme, élancé, au maintien aristocratique. Il portait un vêtement clair ourlé de bleu dont un pan revenait sur son épaule. Ses cheveux, coupés courts, étaient aussi bruns que les miens, son teint mat s’accordait aussi au mien. Ses yeux acier me détaillèrent sans concessions. « Pourquoi est-elle dans cet état ? 

--- Je ne sais pas, Sénateur Enexo. Peut-être a-t-elle tenté de s’enfuir ? » mentit l’homme au catogan. Le Sénateur haussa les épaules. Mon sort, à l’évidence, lui importait peu. 

« Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit de ma nièce ? s’enquit-il alors, à voix basse. 

--- Son âge, son apparence et puis... » Il s’approcha de moi et attrapa un bras qu’il souleva, montrant la tâche de vin que j’avais sous l’aisselle gauche. Cela sembla convaincre le Sénateur. 

« A qui d’autre en avez-vous parlé ? 

--- A personne d’autre, Sénateur Enexo, » répondit l’homme en s’inclinant. 

« Bien ! Comme toujours, Eorgan, vous avez fait ce qu'il fallait. » Le Sénateur prit l'homme par l'épaule, lui souriant fraternellement. Je le vis sortir discrètement une longue dague d'un des replis de son vêtement et n'eus pas le temps de crier pour avertir l'homme au catogan : le Sénateur avait déjà enfoncé la lame dans son ventre ! Il mit rapidement sa main couverte de sang sur la bouche de sa victime pour l’empêcher de crier. « Je suis désolé, mon ami, je ne peux courir le risque de voir ma pitoyable nièce récupérer son héritage et menacer ma position si chèrement acquise. » Je surpris un éclat d’incrédulité dans le regard d'Eorgan avant qu'il ne s’effondrât, mort. J’étais stupéfaite par la froideur de ce crime et le cynisme du Sénateur. J’entrevoyais en filigrane, tout ce que cela impliquait. Il s'approcha de moi, un sourire narquois sur ses lèvres fines. « Ne t’inquiète pas, ma nièce. Tu mourras à midi, dans l'arène, comme la vulgaire esclave que tu es désormais. » Nièce ? J’étais donc la fille de son frère... Mais qui était donc ce frère ? 

*** 

            Deux esclaves me firent sortir de la somptueuse villa et me conduisirent dans l’immense édifice qui abritait les arènes, situé fort loin de la demeure cossue. Ce fut donc en chariot grillagé que j’arrivai au bâtiment de forme ovale d’après ce que je pouvais en voir. Ils m’enchaînèrent à nouveau dans une cellule voûtée, peu éclairée, bien plus grande que les précédentes. Elle se remplit peu-à-peu : des gens vêtus de guenilles, sales, malades ou blessés s’entassèrent lentement ; des combattants vinrent occupés les fers vides tout au long des murs. J’étais fatiguée, mon corps n'était plus qu'une plaie, j'avais mal partout ! J’essayai de comprendre ce qu’impliquait la réaction du Sénateur. J’étais arrivée chez le gouverneur Solko il y avait environ dix ans : que s’était-il passé ? Mon père avait-il été trahi par ce frère ? J’avais pu constaté qu’il ne reculait devant rien pour parvenir à ses fins. 

            Les gardes poussèrent dans la salle un groupe de jeunes esclaves parmi lesquels je reconnus soudain Lilas. Mon cœur bondit dans ma poitrine ! Elle vint près de moi. 

« Louve ? » Je tentai de lui sourire, mais ne parvins qu'à grimacer. « J’aurais cru que le Maître t’emmènerai. » Moi aussi. Je haussai les épaules, faisant tinter mes chaînes, lui signifiant par là que ça n’avait aucune espèce d’importance pour moi. J'étais juste contente de la voir vivante... 

« Ça va ? » Ma voix résonna de manière étrange à mes oreilles. Elle hocha la tête, visiblement contente de m’entendre parler. 

« Oui, oui... » Je la regardai plus attentivement, c’était faux bien sûr : ses longs cheveux blonds, habituellement joliment coiffés étaient emmêlés, les larmes avaient creusé de longs sillons sur ses joues sales, sa robe était en partie déchirée... Elle avait dû subir le même sort que moi, je le lus dans ses yeux et la haine monta en moi. Qui était ces gens pour se permettre ainsi de disposer de nous ? 

« Et toi ? » Elle faisait probablement référence à mon visage tuméfié...       Je pris sa main dans les miennes bien que les fers me gênassent et la posai sur ma poitrine comme j’en avais l’habitude. Je ne pus alors résister à l’envie de l’embrasser, malgré les autres autour de nous, malgré ma lèvre fendue... Qu’importait ? Nous allions mourir de toute façon ! Mais aucun visage ne se leva, les esclaves gardèrent la tête baissée. Elle s’agrippa à moi, m’entourant de ses longs bras minces et je posai ma tête sur ses cheveux. Nous restâmes ainsi un long moment puis Lilas releva la tête vers moi et me demanda : 

« On va mourir, n’est-ce-pas ? » Je hochai la tête, cela ne faisait pas le moindre doute. 

« Est-ce que tu as autant peur que moi ? » J'eus du mal à formuler une réponse, pourtant simple ; les mots ne venaient pas, mon cerveau n’arrivait pas à les saisir... 

¾  Pas avec toi... » articulai-je étrangement. Mais j’aurais voulu lui dire plus, lui dire qu’avec elle, j’étais capable de tout affronter, de survivre à tout... 

« Louve... » Elle me serra plus fort. 

*** 

            Nous pénétrâmes dans l’arène. Bien que le temps fût chaud, le ciel était gris, le temps lourd... L'arène était vraiment très grande. Rien à voir avec celles dans lesquelles j'avais combattu pour mon Maître. De hauts gradins l'entouraient complètement ; ils étaient ouverts sauf une petite partie protégée par un toit. Nous avançâmes jusqu'au milieu de l'arène, dans la poussière sèche qui recouvrait le sol. Notre petit groupe était composé d'une dizaine d'esclaves tremblants que je reconnaissais vaguement, contrairement à Lilas qui avait été souvent avec eux. 

            C'est alors qu'un homme prit la parole : je reconnus le Sénateur Enexo, mon oncle. Il occupait la partie protégée des gradins, une tribune très bien placée, d’où on pouvait à loisir observer les combats. Il s’était changé et portait des vêtements recherchés, agrémentés de boucles et de lanières de cuir. C’était lui l’organisateur de ces combats : il célébrait sa victoire écrasante, selon ses dires, sur mon Maître. 

« Voici les esclaves que le traître Solko a abandonné derrière lui ! Ils feront un agréable préambule aux jeux organisés pour célébrer sa pitoyable défaite ! » Hurlements de la foule, applaudissements... Ainsi nous n'allions être que des amuse-bouches. Je regardai Lilas et lui fis comprendre d'un regard qu'elle devait rester près de moi. C’était idiot, mais je voulais la protéger, la sauver... Une large trappe s'ouvrit dans le sol de l'arène et un lion en sortit, majestueux, agressif, affamé probablement. Je regardai autour de moi, mais ne vis aucune arme. 

            Je me tournai vers la tribune officielle. « Arme ! » leur criai-je. C’était le seul mot qui m’était venu. Je craignais que le Sénateur ne me laissât ainsi, sans défense, mais il fit un geste condescendant et un soldat me lança son glaive court que j'attrapai à la volée. Je me retournai pour voir une femme happée par le lion. Les esclaves couraient en hurlant, excitant encore plus le fauve. Il sauta sur chacun d'eux les blessant, les mutilant, arrachant des lambeaux de chair. Je tentai de m’interposer à plusieurs reprises sans grande réussite, les prisonniers s'agitant dans tous les sens, me rendant la tâche complexe. Et bientôt il n'y eut plus que lui, Lilas et moi, au milieu d’une dizaine de cadavres à demi dévorés. 

            Je tâchai de me placer entre le lion et Lilas. Le fauve se jeta sur moi, je poussai Lilas et me jetai en arrière et immédiatement le frapper en retour au flanc. Il rugit de douleur et me donna un coup de patte qui lacéra mon bras. J'attaquai à mon tour -j'étais trop fatiguée pour espérer gagner si le combat s'éternisait- à coups de glaive. Mes griffes me manquaient, j'étais plus précise avec elles, plus rapide. Je portai plusieurs attaques, mais aucune ne toucha vraiment le lion. Il rugit à nouveau et sauta soudain sur Lilas qui s'était un peu trop éloignée de moi. Elle tenta de courir, mais trébucha et le fauve referma ses puissantes mâchoires sur son abdomen, ses dents pénétrèrent sa chair, disloquèrent ses os, un flot de sang s'écoula sur le sable, rapidement absorbé. Je criai, courus vers l’animal et le frappai de ma lame pour le faire lâcher. Le lion rugit et finit par laisser tomber le corps inerte de Lilas sur le sol. J'étais en nage, essoufflée, paniquée... Était-elle... ? Je ne pus formuler l’hypothèse dans ma tête, tant elle me parut atroce. La rage s'empara de moi et je sautai sur l'animal, m'acharnant sur lui, plantant ma lame dans son corps. Il rua, mais je me cramponnai comme je le faisais toujours lors des combats, comme un insecte dont on ne peut se débarrasser, une sangsue mortelle. Je continuai à le frapper de toutes mes forces, ne voulant pas m’avouer vaincue. Il finit par m'éjecter brutalement et je m’affalai dans la poussière à plusieurs mètres de lui. Folle de douleur, je repartis en courant à l'assaut du fauve qui se dressa de toute sa hauteur devant moi, montagne de muscles et de puissance majestueuse. Je me jetai sous ses pattes, le glaive levé, glissai sur le sable et entaillai profondément le poitrail  de l’animal, terminant mon geste en plongeant la lame trop courte dans son ventre tendre. Le sang gicla sur moi, mais le lion, dans sa douleur, tomba au sol, m'écrasant de tout son poids ; il se roula dans le sable, me piétinant, soulevant un nuage de poussière qui me prit à la gorge, m’asphyxia littéralement, me brûla les yeux. J’eus toutes les peines du monde à reprendre mon souffle. Mais le lion était affaibli par sa blessure et je pus le frapper à nouveau de ma lame : une, deux, trois fois... Le fauve s'affaissa enfin par terre et ne se releva plus. 

            Je gisais sur le dos, épuisée, les os en miettes, incapable de bouger. L'arène était étrangement silencieuse, pas un cri, pas un bruit... Rien ! Je regardai avec appréhension autour de moi, cherchant Lilas des yeux. Je la vis, agonisante, à quelques mètres. Je tendis ma main pour attraper la sienne, mais nous étions trop loin. J’étirai mon bras, tirai sur l'épaule... en vain. Les doigts de Lilas frémirent. Je me relevai lentement, rampai jusqu'à elle. La jeune esclave avait le regard perdu dans le gris du ciel, elle respirait encore faiblement. Les larmes inondèrent mon visage en la voyant ainsi, mourante. J’aurais tellement voulu la sauver... Les larmes que j'avais si longtemps refoulées coulèrent sans retenue aucune. Je n’avais plus rien à prouver, plus de Maître à qui obéir... 

« Lilas... » murmurai-je. Elle tourna la tête vers moi, son éternel sourire aux lèvres. Elle toussa et un filet de sang s'en échappa. 

« Tu parles, c'est bien, Louve... 

¾  Pardon, » fut le seul mot que je parvins à lui dire, ce n’était pas suffisant... Ses mains s’agrippèrent aux miennes, convulsivement alors qu’elle toussait à nouveau. 

« Tu t'es battue pour moi, merci Louve. » Ses yeux restèrent ouverts alors que son souffle de vie la quittait... Je ne pus retenir un cri de rage, de douleur... Je me relevai avec peine et m'approchai de la tribune, le souffle court. Je préparai mon geste pour lancer le glaive sur ces gens qui se repaissaient de la douleur des autres, sur celui qui était probablement responsable de tout, et les gardes tirèrent une volée de flèches qui me transpercèrent ; mon bras retomba. Je m'affaissai lentement, un sourire sur les lèvres : j'allai rejoindre Lilas. 

*** 

            J’avais l’étrange sensation de flotter au-dessus de l’arène, hors de mon corps. Des esclaves s’activaient sur le sable ensanglanté, comme des fourmis, le débarrassant des cadavres qui l’encombraient pour la suite du spectacle. Ils les sortirent comme s’il s’agissait de morceaux de viande à l’aide de gros crochets qu’ils avaient enfoncés dans les chairs, les traînant sur le sol. 

            Je regardai autour de moi, cherchant les autres, cherchant Lilas. Je la vis, au loin et me mis à courir pour la rejoindre. Je ne courais pas, je volais, mon corps n’avait plus de poids. Je l’appelai, criant son nom à plein poumon. Je n’éprouvai plus aucune difficulté à parler, les mots me venaient aisément. Elle se retourna et fit un sourire radieux en me voyant. Elle s’arrêta et je la rejoignis rapidement. Je tendis la main pour attraper la sienne. Mais alors que j’allais la toucher, je fus comme repoussée violemment en arrière. Je poussai un cri, refermai ma main sur le vide... L’aspiration fut trop forte et je fus emportée au loin. 

*** 

            J’ouvris les yeux lentement : je sentis d’abord le soleil, l’air doux, puis j’entendis des chants d’oiseaux, des vrombissements d’abeilles... Je me redressai, frottai mon crâne qui me faisait souffrir avec ma paume. J’étais assise sur de l’herbe fraîche. Le ciel était bleu, quelques nuages blancs s’effilochaient. Je me trouvais dans une clairière, entourée d'arbres hauts et droits. Mis à part mon mal de crâne, je n’étais pas blessée, j’étais bien. 

            Je me levai et la douleur tambourina dans mon crâne. Puis je me rappelai : l’arène, le combat contre le lion, la douleur de voir mourir Lilas, les flèches qui m’avaient transpercée... et l’impossibilité de rejoindre la jeune esclave. 

            « Elle n’est pas des nôtres ! » Je me retournai, cherchant d’où provenaient ces paroles, mais je ne vis rien. « C’est une humaine. » « Elle n’a rien à faire ici ! » Je regardai à nouveau, en vain. « Non, c’est une louve, comme nous, regardez ! » Quelles étaient ces voix ? Est-ce que j’avais perdu la raison ? « Non, ce n’est qu’un déguisement, ne te fie pas à elle. » Soudain, une forme se matérialisa devant moi, un loup à l’aspect fantomatique, aux contours hésitants, brumeux... 

« Tu n’es pas une louve, tu es une humaine. Pourquoi te déguiser ainsi et venir troubler la quiétude de ce lieu qui nous est réservé ? » Je déglutis, confuse. Je ne comprenais pas. 

« Je... Ce n’est pas... » balbutiai-je sans finir ma phrase. 

¾ Pourquoi es-tu ici ? » La voix grave et puissante se répercuta dans le silence. Les oiseaux s’étaient tus, je n’entendais plus les bourdonnements. La forme grandit, devenant plus présente, les contours se firent plus précis. 

« Pourquoi ? Que veux-tu, humaine ? » La voix s’était faite menaçante. 

« Je ne sais pas où je suis ! Ce n’est pas moi qui ai... » Je m’interrompis, Je ne savais quoi répondre. C'est alors qu'un autre être apparut à son tour. C’était une femme, aux longs cheveux dorés, à la beauté parfaite et surnaturelle. 

            « Esprit du loup, je vous présente toutes mes excuses pour la présence de cette femme ici. C’est une erreur, mon erreur. » Elle s’inclina légèrement et le loup reprit une taille plus normale. 

« Emmenez-la, nous ne voulons pas d’elle ici. Ce n’est pas une louve ! » La femme me toucha du bout des doigts et je me retrouvai à côté d’elle sur un pont fragile, tendus entre deux mondes. A ma droite se trouvait un monde lumineux, accueillant, chaleureux ; à ma gauche, un monde sombre, inhospitalier, froid. Si j’avais eu le choix, je serais bien évidemment allée vers la droite. 

            « Je me suis trompée... En te voyant, j’ai cru voir une louve... Un esprit simple et beau. » Elle me détailla. « Mais à bien y regarder, l’Esprit du Loup a raison : tu es humaine, ton âme est cachée derrière ce déguisement animal... » Elle ferma les yeux brusquement, comme si elle avait été brûlée à son contact. « Ton âme est si noire... avec un étrange joyau de pureté en son centre, comme caché aux yeux de tous. » Elle me fixa : « C’est elle, n’est-ce-pas ? » Elle ? « Ce joyau, c’est l’amour que tu éprouves pour la femme que tu as essayée de suivre dans le monde de lumière... » Elle s’interrompit avant d’ajouter : « Elle y a toute sa place, pas toi. » J’étais soudain résignée, incapable de me battre, fatiguée de tout ça. J’attendais son verdict sans me faire d’illusions : même dans la mort, je ne pouvais être avec Lilas. Ma gorge se serra, c'était fini... 

            Elle s’éloigna lentement de moi, commença un geste mais se ravisa. « Je ne peux t’envoyer dans le monde des ténèbres ainsi, sans te laisser une chance d’être toi-même, de faire tes propres choix. » Elle se tourna vers moi :  « Je vais te laisser un an. A l’issue de ce laps de temps, tu reviendra ici et je sonderai ton âme à nouveau. Si l’éclat de pureté a pâli, tu iras dans le monde des ténèbres et ne reverras jamais la jeune femme à laquelle tu sembles tenir. Mais si la pureté de l’éclat a envahi toute ton âme, tu pourras la rejoindre dans le monde de lumière. Acceptes-tu ? 

¾  Oui, répondis-je avec hésitation. Mais que devrais-je faire pour rendre mon âme pure ? 

¾  Voyons... Tout l’enjeu est là, petite humaine. Tu vas devoir faire les bons choix ! »

            Au moment même où elle me renvoyait dans le monde des vivants, je me dis que j'aurais dû lui demander des explications... Où, comment, avec qui... Qui allais-je être dans ce court sursis ?

 

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