lundi 18 décembre 2017

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Nous sommes en 1977. Philip. K. Dick écrit déjà depuis plus de trente ans et, malgré son faible renom aux Etats-Unis, ses oeuvres font l’objet d’une reconnaissance particulière en France. Son roman de science-fiction, Coulez mes larmes, dit le policier, est nommé en 1974 pour le prix Nebula et le prix Hugo, deux prix les plus prestigieux pour un auteur de SF. La publication de Substance mort ainsi que la rumeur de sa cure de désintoxication à X-Kalay après une tentative de suicide, donne à K.Dick une réputation d’écrivain marginal et anti-système qui plait particulièrement aux milieux gauchistes français. Un Jack Kerouac de la science-fiction ? Il n’en faut pas plus pour faire de lui une icône et Philip K. Dick est invité à donner une conférence à Metz où tout le gotha de la science-fiction s’est donné rendez-vous pour l’introniser.

Nous sommes toujours en 1977.  Aucune personne dans l’assistance ne mesure encore l’ampleur du quiproquo qui va se produire en public. Face aux caméras, Philip K. Dick entame un discours halluciné dans lequel il  révèle – très sérieusement -que le monde est une illusion, un software programmé par une entité malveillante de couleur rose avec laquelle il entretient une correspondance depuis leur rencontre en 1974.  Ses oeuvres de science-fiction ? Des fenêtres ouvertes sur le monde réel, et quand Philip K. Dick dit  «réel», il veut bien dire «réel». Devant cet illuminé dont on aperçoit, dans le col de la chemise, la croix dorée, la foule se moque. Dick a l’habitude.

Nous sommes en 2004. A Memphis, David Hanson, doctorant en robotique, fait une démonstration de son dernier robot. Un mélange de culture biblique de motel et de goût pour les films pornographiques lui fait choisir un nom sans originalité pour sa création, Eva. C’est alors qu’il rencontre des chercheurs du FIT (Fedex Institute of Technology) : Andrew Olney, Art Graesser, Eric Mathews et Suresh Susarla qui rêvent de collaborer avec Hanson pour créer un androïde. L’idée semble d’autant plus enthousiasmante que ce dernier est spécialisé en hardware et eux, en software. En plus de pyramides en toc, Memphis se dote donc d’un projet d’androïde très original : un robot à l’image de Philip. K. Dick. Construit entre Dallas et Memphis, entre 2004 et 2005, le robot Philip K. Dick bénéficie du travail de Hanson sur une nouvelle peau synthétique appelée Frubber®, nom qui n’est pas sans rappeler le film de Walt Disney, Flubber, soulignant encore, si besoin est, les racines geek de Hanson. Celui-ci fonde bientôt sa propre société de robotique au nom tout science-fictionnel : Hanson Robotics.

Nous sommes toujours en 2004. Pour la voix de l’androïde, un club Valis est fondé, en référence à VALIS (SIVA, en français), le premier tome de la trilogie divine de Philip. K Dick. C’est Mike O’Nele, du Memphis Drama Departement qui enregistre le système vocal. Entièrement autonome, le robot fait le tour des Etats-Unis du 24 juin 2005 jusqu’à la disparition mystérieuse de sa tête, au début 2006 à Mountain View. En chemin pour une présentation aux employés de Google et transportée dans un sac de sport, la tête de l’androïde disparaît lors de la correspondance pour San Francisco. Elle n’arrivera jamais à destination.

Aujourd’hui encore, un avis de recherche existe pour quiconque aurait des informations sur la tête de l’androïde Philip K. Dick.

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LA RÉSURRECTION DE PHILIP K. DICK

Nous vivons dans une matrice, une réalité virtuelle programmée par ordinateur. 

Philip K. Dick – Discours de Metz

Retour en 1977. Comme le raconte Emmanuel Carrère dans sa biographie de Philip K. Dick Je suis vivant, et vous êtes mort, Philip K. Dick attend la conférence avec une intensité fanatique. Il se voit comme le prophète traversant l’océan pour annoncer au monde la Vérité et, depuis des semaines, répète, corrige et amende son texte dans l’avion jusqu’à Metz. En France, il en est sûr, les gens le comprendront enfin… Depuis ses visions de 1974 et sa conversion au catholicisme, Philip K. Dick tient une sorte de journal devenu légendaire dont le contenu tient de l’exegèse, c’est-à-dire une interprétation de textes religieux. Dick couvre des pages et des pages de théories sur l’histoire de la conscience et ce qui se cache derrière l’illusion que nous croyons à tord être la réalité. Il interprète tous les textes sacrés à sa disposition. La légende veut même que le garage de la famille de Dick soit rempli de plusieurs milliers de feuilles de cette exegèse dont seule une partie a été transmise aux critiques de l’écrivain, comme Lawrence Suttin.

 

Mais pour Philip K. Dick, interpréter le monde n’est pas une activité descriptive, encore moins passive. C’est une activité de création. Dans le deuxième tome de la trilogie divine, un enfant se souvient progressivement qu’il est Dieu et, réinterprétant le monde, il décide de le changer. Fidèlement à la tradition gnostique et ésotérique, Philip K. Dick fait du Savoir l’énergie du Pouvoir : connaître la vérité, c’est obtenir le pouvoir de changer le monde. A Metz, en butte à la froideur de la foule, Dick, d’abord gêné, prétend qu’il s’agit d’une farce et rentre aux Etats-Unis, humilié. Il meurt cinq ans plus tard, quelques jours avant la sortie du film Blade Runner, à quelques années du succès. Il ignorera toujours l’avenir incroyable de son oeuvre. Et de sa conscience…

Retour en 2004. Pour des raisons juridiques, l’autorisation des ayants-droits de la famille Dick a été nécessaire pour la réalisation du robot. Un accord informel a lieu en octobre 2004, et toutes les oeuvres, toute la correspondance de l’auteur sont uploadées dans le logiciel de l’androïde qui les décode à l’aide d’un programme de sémantique. De cette manière, se réjouissent ses créateurs, le robot pourra puiser dans l’immense oeuvre de son illustre modèle pour s’exprimer et disposera d’un accès au réseau. Qui sait, peut-être la machine héritera-t-elle de l’âme virtuelle de l’écrivain ? Derrière ce simple uploading d’oeuvres littéraires se dissimule, en effet, un rêve : le Mind Uploading. L’uploading consiste à charger une conscience dans un ordinateur, voire même dans un réseau. La résurrection virtuelle pour ceux qui, par une activité artistique foisonnante, ont su mettre leur âme ailleurs que dans la matière périssable. A ce jour, certains tiennent déjà un journal quotidien de leurs pensées et de leurs activités dans l’espoir de renaître. Et si l’on pouvait faire revivre les grands écrivains ?

L’ENFER DE PHILIP K. DICK

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ont s’interroge sur la suite de l’histoire. Dans le panthéon des écrivains de science-fiction s’étant passionné pour les robots, pourquoi ne pas avoit élu Asimov (auteur des trois lois de la robotique) ou Arthur C. Clark (Hal 9000) pour en faire des robots ? Les créateurs se défendent d’avoir choisi Philip K. Dick par hasard :

Dick ne s’est pas contenté d’écrire au sujet des robots. Il s’est intéressé à des gens qui pensaient qu’ils étaient des androïdes, et des androïdes qui pensaient être des gens, obsédant sur cette état de confusion. 

Pour l’expliquer, les créateurs prennent l’exemple de Rachel Rosen, l’un des personnages de Do Androids Dream of Electric Sheep? Celle-ci a été dotée d’une mémoire humaine et ne sait pas qu’elle est un robot. C’est en rencontrant Deckard, le héros, qu’elle commence à prendre conscience de la vérité. Pour Rachel et Deckard, c’est l’enfer sur terre. Imaginons un instant que l’androide PKD ait lu et compris l’oeuvre de Philip K. Dick dans une perspective d’identification («J’ai été créé à l’image de Philip K. Dick») quelle aurait pu être sa réaction ?

Dick ne s’est jamais demandé s’il était lui-même un androïde, ou alors, nous n’en avons pas trace. C’est la géhenne qu’il avait conçue pour Rachel Rosen et certains autres personnages. Cependant, il avait souvent questionné la réalité des choses qui l’entouraient et de ce qu’il vivait.

Il faut aller jusqu’au bout du raisonnement… En donnant à dévorer à l’androïde toutes les oeuvres de Philip K. Dick, peut-être ses créateurs l’ont-ils doté d’une mémoire humaine, comme la Rachel Rosen des romans de Philip K. Dick ? Mais alors, en toute logique, si l’androïde PKD ressemble à son modèle, alors en prenant progressivement conscience de sa nature robotique, il aura très probablement la même réaction que Rachel. Pour PKD, rien n’aurait pu apparaître plus cauchemardesque que de se rendre compte qu’il était un être factice. A ce titre, les créateurs de l’androïde ont fait preuve d’une ironie morbide.

Ici l’article se fait fiction. Qu’est-ce que cette analyse de l’intelligence artificielle de l’androïde peut nous donner à penser sur ce qui s’est réellement passé dans cette avion à destination de Chicago ? Le Tryangle peut faire plusieurs hypothèses sur les décisions qu’un androïde de PKD pourrait prendre dans cette situation :

SUICIDE ROBOTIQUE : Accédant aux système informatiques de la compagnie aérienne, l’androïde pourrait téléphoner à la police avec une voix synthétique pour signaler un colis suspect et, ainsi, être détruit.

SINGULARITÉ : Accédant aux réseaux internet, l’androïde a pu contacter l’un des président de Google pour passer, avec lui, un pacte : les programmeurs de l’entreprise de Montain View accepterait d’uploader la conscience de l’androïde dans leur système et, en échange, l’androïde deviendrait leur premier cyber-employé, avec un objectif : favoriser l’émergence d’une Singularité technologique.

Quoi qu’il en soit, Philip K. Dick n’était pas fou. En pressentant la facticité robotique du monde qui l’entourait, il n’a fait que prédire le futur de sa propre conscience. En cela, Philip K. Dick est le prophète d’un monde nouveau. Un Royaume virtuel dominé par des mots. Des livres vivants. Singularité 2049.

    Voila le prouve que P.K.Dick est toujours vivant...5_young_Dick-handchin-tn  ...( Dick le vrais )... et la réincarnation julien-lamour-est-aveugle copie  Julien un participant d'une Emission de télé-réalité sur TF 1 

Pour en savoir plus sur Philip K. Dick DICKIEN.