lundi 18 décembre 2017

 

La saga Star Wars, sous un autre angle

Vous l’avez vu mais pas comme ça. Star wars n’est pas qu’un film. C’est l’inconscient et les mythes fondateurs de la politique américaine mis en image. Allez, on se revoit l’intégrale !

 

Star Wars, c’est avant tout la lutte entre le bien et le mal. La force qui peut être avec vous et vous porter à devenir un Jedi, ou diverger et devenir noire. Et ça, c’est la base de l’Amérique ! Cette lutte entre le bien et le mal est structurante dans la vie politique américaine. À chaque fois qu’un responsable y fait référence (Reagan avec l’Empire du mal, Bush l’Axe du mal, mais aussi Romney ou Obama) on écoute ça en Europe avec un peu de condescendance pour un manichéisme un peu infantile. C’est pourtant une erreur profonde. Le bien et le mal sont aux origines de ce pays. Les États-Unis se sont construits avec des chrétiens, des colons puritains venus bâtir un monde nouveau, pur, en accord avec la bible. Refaire le "monde à nouveau" disait Thomas Paine. Un idéal impossible à atteindre dans une Europe corrompue, livrée depuis des siècles aux guerres de religions, aux alliances contre nature, à la cupidité. Il fallait tout quitter et repartir de zéro, là-bas. Les États-Unis se vivent comme une nation exceptionnelle et quand Obama a osé relativiser la notion, il s’est fait étriller !

Ce monde, cette communauté de croyants qui s’élargit et agrège d’autres communautés, est devenu un pays, les États-Unis qui dans leur forme initiale à 13 États ressemblent à s’y méprendre à la République galactique. Un seul Sénat comme à l’époque ; Washington capitale créée de toute pièce, toute entière dévouée à la politique pleine de sénateurs et de lobbyistes de la "fédération du commerce", qui veulent abattre les barrières commerciales. Les droits de douanes (le Gatt puis le TAFTA), ont été le premier et restent le débat récurrent dans la politique américaine. La tentation d’exporter le modèle américain, l’impérialisme américain, rejoint celui de l’Empire galactique qui s’en prend a de petite nation de Naboo.

Lorsque le premier Star Wars sort en salle en 1977, la guerre entre le bien et le mal existe avec la guerre froide entre les USA et l’URSS. La menace nucléaire, l’arme qui peut tout détruire ressemble à comme l’étoile noire ; jusqu’au programme de défense anti-missile que Reagan appellera "La guerre des étoiles". Ce film est dans sa première trilogie (1977-1983) un film profondément en symbiose avec les États-unis des années Reagan. Il faut retrouver le père, renouer avec lui, avec la figure virile paternelle dans une Amérique qui est sortie meurtrie des années Nixon. Et le Vietnam. La guerre où les fils obéissants sont allés mourir pour une guerre indéfendable et les autres qui ont désobéi ont fait honte à leur père en refusant de se battre pour la sacro-sainte bannière étoilée. Les années de l’immoralité du Watergate, du cynisme du couple Nixon Kissinger ou certains voit le chancelier palatine et Dark Vador. D’autres y voit le couple Bush/Cheney.

La deuxième trilogie (1999-2005) commence avec les années Bush, les poids des militaires dans le système, les mensonges, la guerre pour la guerre en Irak (comme cette armée des clones que l’on fabrique à la chaine) et ces libertés que l’on restreint après le 11-Septembre comme la République galactique qui bascule lentement vers la dictature. La grande nation se pervertie, s’éloigne de ses idéaux, il faut devenir un Jedi et la défendre à coup de sabre laser et de pureté des principes. Star Wars raconte profondément l’Amérique et lui parle. C’est la clé de son succès.

Petit jeu pour finir. Dans quel épisode de Star Wars entent-on "Aujourd’hui, vous êtes une chaine retenant une force maléfique qui sans vous éteindrait la lumière" ? Le 1 ? le 4 ? Aucun. C’est un extrait d’un discours de Reagan devant les jeunes militaires de West Point. Les nouveaux Jedi sont aux États-Unis ! Si vous avez aimé ce papier et que vous en voulez encore, lisez comme moi "Je suis ton père" de Thomas Snégaroff. Cet article est largement inspiré de ce livre brillant.

 

 

 Olivier Ravanello | Le Monde selon Ravanello